Florilège de citations

Qu’ils émanent de ses contemporains, collègues chansonniers et poètes, ou, plus tard, des « historiens » de la chanson, il est étonnant de voir à quel point les commentaires sur le personnage Marcel Legay — chanteur des rues, chansonnier de cabaret artistique, compositeur, directeur de cabaret, etc. — sont toujours très largement favorables, voire pleinement enthousiastes. Au delà de l’allure pittoresque du personnage déjà intéressante en elle-même les commentaires convergent pour dire son extraordinaire présence en scène (un héritage de la chanson de rue) et la puissance de sa voix, même si celle-ci s’était fragilisée avec l’âge.


« Ce bon Legay, enfant joyeux de la libre bohème, curieux et naïf, rapsode des repues franches, amoureux de sa musique et parfois trouvant, comme pour les Corbeaux de J.-B. Clément, des accents vraiment superbes ! »
Georges Montorgueil, « Supplément illustré de l’Echo de Paris : Le Café Concert »,1893.


« Legay est un emballé, un vibrant, c’est un convaincu. Il vit ses chansons, il les pleure, les gronde ou les hurle, selon l’impression qu’il éprouve. Il chante avec ses nerfs, avec son cœur. Il se transfigure ! »
Horace Valbel, « Les Chansonniers et les Cabarets Artistiques », 1895.


« Marcel Legay, le compositeur virtuose. »
Adolphe Brisson, « Un coin du Parnasse », 1898.


« Avec Legay, je soulèverais Montmartre ! »
Maurice Boukay, cité dans : Adolphe Brisson, « Un coin du Parnasse », 1898.


« His baritone voice still possesses considerable fire, and in his heroic songs he is dramatic. In “The Miller who grinds for Love,” the feeling and intensity and dramatic quality he puts into its rendition are stirring. »
F. Berkeley Smith, “The Real Latin Quarter, 1901.


« Marcel Legay restera surtout comme un des porte-drapeaux de la chanson, comme une sorte de Tyrtée montmartrois, un Tyrtée qui aurait ajouté à la lyre d’airain la corde sensible, un Rouget de l’Isle qui aurait épousé Mimi Pinson. »
Léon Durocher, cité dans « Le mouvement poétique français de 1867 à 1900 », Catulle Mendès, 1903.


« Faire le portrait de Marcel, c’est se répéter ou tout au moins répéter les autres ; il n’est pas une feuille qui n’ait en termes toujours affables, publié les traits, les notes, les vers de ce Clodion plus que roi par sa chevelure, empereur par la splendeur du geste. Marcel Legay est un heureux, la vie est pour lui une longue suite d’acclamations. Il a chanté partout, et partout il a enchanté : ses ennemis même, − il n’en a pas − ne lui tiennent nullement rigueur de son talent bizarre et bien personnel. »
Edmont Teulet, programme du cabaret « Les Noctambules », 1904 ?


« Marcel Legay est un des chansonniers les plus originaux de notre époque, par sa verve, sa diction farouche et émouvante et par l’interprétation savante qu’il a su donner à la romance sentimentale et à la chanson populaire. »
Charles Arjaliez, revue « La musique pour tous », 1908.


« Marcel Legay fut, avec le compère Salis, l’un des créateurs du Chat Noir. Mélodiste délicat, chanteur de grand style, selon la méthode qui n’est pas la moins bonne, poète à ses heures, on ne peut l’entendre sans émotion, quand, de sa voix chaude et communicative, il interprète ses œuvres qui ont autant de traditions utiles à retenir. »
A. Cornette, revue « Les chansons illustrées », 19 ??.


« Le dieu, le Jupiter tonnant – mais jamais détonnant – du lieu, était alors, sans conteste, Marcel Legay. Doué d’une voix splendide qu’il maniait avec art, il triomphait dans les œuvres de Léon Durocher et de Boukay. Dans l’exécution de toutes ces œuvres – mises en musique par lui – il était superbe ; mais, dans « Tu t’en iras les pieds devant », il était tragiquement beau et nul ne pouvait entendre claironner sa grande voix sans frissonner d’épouvante, comme si elle eût été une avant-courrière de la trompette du Jugement dernier. Tu t’en iras les pieds devant ! Brrr ! »
« Théodore Botrel, « Les souvenirs d’un barde errant », 1925.


Il fallait le voir dressé tel un coq sur ses ergots, sa longue chevelure rejetée en arrière comme par un coup de rafale, les pans de sa vaste redingote flottant au vent des acclamations, sorte de tribun-chanteur, emporter toute une salle haletante dans son irrésistible élan vers le bon, le beau et le juste… »
« Dominique Bonnaud, « Une heure de musique avec Montmartre d’hier », 1930.


« Ce barde extraordinaire en qui des maîtres comme Gustave Charpentier, Pierné, Jean Richepin voyaient une vibrante et puissante expression de l’âme française, de l’âme populaire un portrait exact. »
Dominique Bonnaud, « Une heure de musique avec Montmartre d’hier », 1930.


Selon les jours, selon l’heure, selon qu’il était joyeux ou mélancolique, « en forme » ou fatigué, sa voix éclatait puissante comme le vent du large, ou rauque comme un trop lourd sanglot. La mesure, le rythme ? II s’en moquait bien ! Les effets ? II les obtenait sans les chercher, sans le faire exprès … Et une véritable ovation saluait le vieux Barde quand il quittait l’estrade, épuisé, après s’être donné à plein cœur. »
Georges Millandy, « Souvenirs d’un chansonnier du quartier latin », 1933.


« Marcel Legay fut un des prédécesseurs de Montmartre car, bien avant que le premier cabaret chantant vînt s’y installer, il chantait ses œuvres en public, et quel public ! Celui des faubourgs, celui des petites ouvrières, des travailleurs. »
Anne de Bercy et Armand Ziwès, « A Montmartre …le soir », 1951.


« Il n’est pas nécessaire de dire « je t’aime » pour parler d’amour. L’une des plus belles chansons d’amour jamais écrite est de Gaston Couté (et Marcel Legay). Elle s’appelle « Va danser ».
Bernard Clavel, écrivain, 198 ?.


« Loin de se réduire à un style monolithique, nombre de ces chansons se voient bénéficier des effets positifs d’une fertilisation croisée avec ses expériences plus audacieuses. »
Mary Ellen Poole, « Chansonnier and Chanson in Parisian Cabarets Artistiques, 1881-1914 », University of Illinois at Urbana-Champaign, 1994.


« De façon significative, dans presque tout l’ensemble de la littérature critique digne de foi, Marcel Legay est référencé comme étant un compositeur dont l’apport essentiel fut sa compétence à choisir des poésies de qualité qu’il faisait sienne. Compte tenu du renversement à venir dans la chanson française concernant la hiérarchie entre musique et texte, Legay apparaît en quelque sorte en avance sur son temps. »
Mary Ellen Poole, « Chansonnier and Chanson in Parisian Cabarets Artistiques, 1881-1914 », University of Illinois at Urbana-Champaign, 1994.

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